Quærens – Crucem – Labor: la quête, la croix, le labeur. Ces trois mots mis en relief dans la gravure du poète et peintre anglais David Jones donnent la tonalité de notre printemps éditorial. La quête, c'est l'attention intérieure à ce que saint Augustin appelait «l'aube où blanchit la vérité». Une attention qui demande la mise à distance du monde, afin «qu’au milieu des changements de ce monde nos cœurs s’établissent fermement là où se trouvent les vraies joies », comme nous le fait demander la liturgie. Mais comment garder cette stabilité dans l'essentiel?
D'où verrons-nous la Vérité qui porte le monde? Avec le père François Cassingena et Etincelles III, nous nous placerons dans l'Arbre: l'arbre du Paradis, mais non convoité, les chênes de Mambré, offrant ombrage aux pèlerins de la Trinité, le sycomore de notre frère Zachée – l'arbre de la Croix enfin, le grand théophore, vers lequel nous nous acheminons en ce temps de préparation à Pâques. Et cet acheminement est un travail en nous. Il nous demande moins de faire quelque chose que de nous abandonner, de nous rendre docile à l'action de la providence, comme le sable du désert sous le souffle du vent. Temps du grand agir, mais dont toute l'action est de laisser faire. Nos œuvres ne porteront du fruit que si elles sont conçues dans la dépossession.
Alors elles acquèreront cette vastitude à laquelle la foi, mieux encore, l'être-catholique nous appelle. «L’on devrait, écrit le père Cassingena – l’on devrait toujours – être catholique par instinct d’immensité, de spaciosité, de vastitude; par je ne sais quelle vastitude joyeuse et spontanée de la foi, et de l’intelligence, et de la tendresse, et de l’interprétation, et de la poésie, et de l’être aux mots, et de l’être au monde. Vérité, oui ; mais la vérité est chose vive, variation vivante, harmonique, comme ce vert des arbres dont le pluriel, au fil des heures, au fil des jours, se révèle si bienfaisant au regard ; comme cette « aube », aussi, à l’observation de laquelle Augustin invitait ardemment son âme : Attende fortiter ubi albescit ueritas…»